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Pourquoi j’évalue régulièrement mes étudiants même si ce n’est pas populaire (et la leçon pour les apprenants top niveau)

évaluation des étudiants

Ça peut vous surprendre, mais je me fais critiquer pour ma façon d’enseigner. Plus précisément, certains de mes collègues pensent que je donne trop d’évaluations. Je le confesse : j’aime mes interro et je jauge normalement le progrès de mes étudiants chaque semaine.

Mais « les profs devraient passer moins de temps à évaluer et plus de temps à enseigner, » comme me le rappelle souvent le Badass Teachers Association sur Facebook. De même, pour certains de mes collègues, ma stratégie sent la vieille école. Ils disent que tester fréquemment sape le sens des responsabilités et la motivation intrinsèque des apprenants.

Mais, pour ma part, donner des tests sur une base régulière m’a toujours semblé être une méthode efficace et il y a quelques années, cette intuition a été confirmée par la plus grande recherche scientifique au sujet de ce qui fonctionne le mieux en éducation. En effet, la méga-étude de John Hattie, Visible Learning, est une synthèse de 50 000 études impliquant plus de 80 millions étudiants ; ce n’est pas pour rien qu’elle a été appelée le saint graal de l’éducation.

Hattie a identifié 138 facteurs de réussite scolaire et les a classés par degré d’efficacité. Voici son top dix :

Optimized-ranks

Comme on le constate clairement, donner des évaluations formatives arrive au troisième rang (formatif veut dire à valeur faible ou sans valeur sur la note). Laissez-moi répéter : évaluer a le troisième effet le plus puissant sur l’apprentissage parmi les centaines de variables qui ont été examinées.

En réalité, les tests formatifs remplissent deux fonctions :

  1. Ils mesurent l’apprentissage
  2. Ils renforcent l’apprentissage

D’abord, le suivi du progrès fournit un bon aperçu du progrès accompli, ainsi que de ce qui marche et ce qui ne marche pas, ce qui permet et au prof et à l’étudiant de s’ajuster en conséquence. Et, plus souvent ils recevront cette rétroaction, plus rapidement ils pourront rectifier le tir.

Deuxièmement, plusieurs études récentes (faisant sûrement partie de la méga-analyse de Hattie) ont établi que passer des tests est une des meilleures façons de consolider son apprentissage et ceci devrait être fait plus tôt que tard (même si l’apprentissage n’est pas terminée).

Par exemple, une des études montre que donner des interro sur une base régulière comme je le fais augmente les résultats de quelques points par rapport à l’administration de quatre grands examens. La recherche la plus célèbre a été faite par Roediger, qui propose une liste de dix avantages de l’évaluation régulière.

C’est ici la leçon à tirer pour les apprenants top niveau. Vous devez vraiment arrêter de voir l’étude et l’évaluation comme deux choses différentes.

L’auto-évaluation, c’est l’acte d’apprendre à son meilleur.

4 trucs incontournables pour dynamiser votre apprentissage

how to optimize learning

Récemment, un des mes collègues a voulu tester mon expertise naissante et m’a demandé de lui suggérer des stratégies d’apprentissage incontournables, que ce soit pour améliorer des pas de danse, des techniques oratoires ou la maîtrise d’une nouvelle langue.

Alors voici quatre trucs de base donnés par la spécialiste Monisha Pasupathi dans How We Learn.

  1. Distancez vos pratiques
  2. Mélangez-les
  3. Établissez des liens
  4. Laissez le tout dormir

Espacer les pratiques ou études est la première étape essentielle pour tous apprenants sérieux. Laisser un intervalle de temps suffisant entre vos pratiques ou études, c’est comme changer votre ordi Pentium pour le dernier iMac (désolé si vous n’êtes pas un fan des macs). Ça va décupler votre rendement. Pour en savoir plus sur ce que veut dire « intervalle suffisant », consultez mon article à ce sujet.

Varier la façon d’apprendre est la deuxième corde à votre arc. Vous vous souvenez du vieux conseil de s’en tenir à une routine fixe ? Jetez ça à la poubelle. Changez régulièrement où, quand et comment vous pratiquez et étudiez. Par exemple, au lieu de toujours réviser votre espagnol sur des fiches dans votre chambre, essayez de trouver les mots dans un texte ou parlez-en avec d’autres. Chaque changement de routine renforce votre apprentissage en le rendant plus indépendant du contexte.

Utiliser l’encodage élaboratif est la troisième stratégie applicable partout. Ce grand mot veut simplement dire que vous devez associer la nouvelle matière à vos connaissances antérieures, soit de façon délibérée en l’organisant en fonction d’informations ou d’expériences passées, ou implicitement en utilisant d’anciens mouvements pour en produire de nouveaux. Pour en savoir plus, consultez mon article à ce sujet.

Dormir suffisamment est votre quatrième pouvoir. Le sommeil consolide l’apprentissage en aidant le cerveau à finaliser les nouvelles connexions neuronales créées par la pratique et l’étude. Des images cérébrales montrent que la configuration d’activités produite par un apprentissage est reproduite pendant le sommeil paradoxal (heureusement que le corps est paralysé pendant cette phase). Le sommeil agit donc comme une répétition additionnelle au niveau cérébral.

C’est ce que j’ai donc recommandé à mon collègue. Vous voulez atteindre le stade d’apprenant-e top niveau ? Commencez par intégrer ces quatre habitudes dans votre routine quotidienne.

Étudiez moins et apprenez plus grâce à l’effet d’espacement

optimiser ses études

Aujourd’hui je vais répondre à la première question que tout apprenant a en tête.

Quel est le temps d’étude minimum dont vous avez besoin pour bien performer à un test ou à une nouvelle tâche?

C’est exactement la question que je me posais quand j’ai fait mon certificat en comptabilité. Il fallait que je connaisse un tas de normes et procédures avec une précision parfaite, mais je menais un vie occupée, j’étais soucieux d’efficacité et je n’avais aucune intention de gaspiller mon temps précieux à étudier pour rien.

D’abord, vous devez bien saisir le pouvoir de l’effet d’espacement, que le psychologue Frank Dempster qualifie d’un “des phénomènes les plus remarquables à sortir des recherches en laboratoire à propos de l’apprentissage”.

L’effet d’espacement expose un phénomène que la plupart connaissent intuitivement. Avec le même temps d’étude, vous retiendrez plus pendant plus longtemps si vous apprenez votre matière à quelques reprises sur une longue période que si vous le faites de façon répétée sur une courte période.

Par exemple, une étude (1992) montrent que l’enseignement des additions à des élèves du primaire une fois par jour pendant dix jours est beaucoup plus efficace que deux fois par jour pendant cinq jours (Benedict Carey).

Maintenant voici la vraie question: quel est l’échéancier d’apprentissage optimal?

Les intervalles entre les périodes d’apprentissage devraient être aussi longs que possibles pour profiter au maximum de l’effet d’espacement (c.-à-d. le nombre minimum de répétitions), mais assez courts pour s’assurer que la connaissance soit toujours en mémoire.

Selon le créateur de SuperMemo, Piotr Wozniak, la façon la plus efficace d’augmenter ses connaissances, c’est d’établir des intervalles croissants. Par exemple, vous devriez réviser votre matière une journée après votre étude initiale, puis une semaine plus tard, puis un mois plus tard et ainsi de suite.

Par contre, si vous n’avez que peu de temps devant vous, vous ne pouvez pas vous permettre d’appliquer cette règle d’or.

Dans How We Learn, Benedict Carey présente un cas typique. Disons que vous avez une fenêtre de 15 jours et 9 heures à mettre sur vos études, voici votre échéancier idéal :

  • 3 heures la 1ère journée,
  • 3 heures la 8ème journée,
  • 3 heures la 14ème journée.

En tant qu’apprenant-e top niveau, c’est crucial d’exploiter à fond l’effet d’espacement. Ça demande de la planification cependant. Voyez quelle est votre date limite et combien de temps vous avez pour votre révision ou répétition. Ensuite établissez un échéancier qui mènera au meilleur résultat.

N’oubliez pas: être efficace, ça veut dire obtenir d’excellents résultats avec le moins de temps et d’effort possible.

L’encodage élaboratif: un outil vital de l’apprenant top niveau

apprendre mieux

Comme devoir, ma fille doit apprendre des définitions par coeur. Beaucoup de définitions. Il s’agit d’une tâche ardue pour un adulte, imaginez maintenant pour un enfant. Heureusement, son père s’y connait un peu en matière d’apprentissage.

Le truc ici, c’est d’utiliser l’encodage élaboratif.

Encoder signifie convertir l’info en code pour mieux la récupérer lorsqu’on en a besoin. Plus concrètement, ça veut dire prêter attention et organiser l’information qu’on désire se rappeler. L’encodage est élaboratif quand il est profond et étendu.

Si vous avez jamais répété pour un discours ou un exposé, vous savez que mémoriser des phrases (memoria verborum) comme le fait ma fille est à peu près aussi efficace qu’un seau percé. Ce type d’attention porté aux symboles (mots, chiffres, etc.) est appelé traitement superficiel de l’information. Ce que vous devriez plutôt faire est d’opter pour un traitement approfondi de l’information, c’est-à-dire vous concentrer sur les idées et le sens du message.

Comment mettre ça en application?

Comme l’explique le spécialiste de la mémoire Joshua Foer, notre cerveau ne retient pas tous les types d’informations avec la même aisance. Les données que le cerveau préfère sont les images et les emplacements; il est capable d’en stocker des téraoctets. Le but de l’encodage élaboratif est donc de transformer les types de souvenirs difficiles à retenir pour le cerveau (symboles) en ceux pour lesquels il a été construit (images).

Qu’est-ce que ça veut dire pour ma fille?

Nous avons examiné ses définitions et les avons divisées en sections logiques; ensuite elle a dessiné une image pour chacune de ces sections. Ça a marché à merveille. En fait, c’est devenu tellement intuitif que le lendemain matin, même moi j’étais capable de réciter certaines de ses définitions même si je n’avais fait aucun effort conscient pour les apprendre. Ses dessins se sont imprimés dans mon esprit. C’est en effet une méthode vraiment efficace.

Le docteur John Medina affirme que la qualité de la phase d’encodage (la façon d’apprendre) est “le facteur permettant le mieux de prédire la réussite ultérieure de l’apprentissage”.

Donc, si vous souhaitez améliorer votre processus d’encodage, faites comme ma fille. Rendez l’info que vous apprenez plus mémorable en utilisant des images (réelles ou mentales). Vous serez stupéfaits de découvrir comment la mémorisation peut devenir presqu’un jeu d’enfant.

Pourquoi ce qui est le plus déprimant en éducation n’est pas si déprimant

réduire l'oubli

Je me souviendrai toujours de ce que notre prof de statistiques nous a dit au début de notre premier cours à l’époque où j’étais étudiant: “Vous ne retiendrez que 5% de ce que vous apprenez actuellement à l’université”.

Comme prof maintenant, je dois me rendre à l’évidence. La lutte contre l’oubli est une roue sans fin.

Et c’est ce que confirme la fameuse courbe de l’oubli d’Ebbinghaus. Les étudiants oublient généralement 90% de ce qu’ils apprennent en classe en l’espace de 30 jours, et la plus grande partie de cet oubli se produit dans les heures suivant le cours.

C’est certainement le phénomène le plus déprimant du monde de l’éducation, vous trouvez pas?

En fait, pas vraiment. Pour deux raisons. Il y a deux types d’oublis et chacun joue un rôle essentiel dans votre apprentissage.

Le premier type d’oubli est actif et agit comme filtre. Il vous permet de prioriser l’information et de vous concentrer sur ce que votre cerveau juge important.

Mais qu’est-ce que votre cerveau juge important exactement?

Notre cerveau a évolué pour retenir les informations et habiletés que nous devons utiliser sur une longue période de temps. Essentiellement, nous avons appris à ne pas perdre d’énergie à apprendre des choses qu’on ne va utiliser qu’une fois. Ce qui est considéré inutile est ainsi éliminé.

Donc, pour le cerveau, répétition veut dire utilité. Pratiquer et répéter signalent au cerveau qu’il ne doit pas perdre la trace de cette habileté ou information parce qu’on va continuer à en avoir besoin dans l’avenir.

Ce qui nous amène au deuxième type d’oubli. Celui-ci est passif et est connu sous le nom de déclin. La mémoire s’estompe avec le temps et c’est souvent pénible, n’est-ce pas?

Mais voici la bonne nouvelle. La nouvelle théorie de la désuétude du docteur Robert Bjork montre que l’oubli, en fait, accroît l’apprentissage. La mémoire semble avoir une propriété qui rappelle celle des muscles; la rupture favorise la croissance. Ceci signifie que s’il n’y a pas d’oubli, tout étude additionnelle pourrait donner peu de résultat.

En tant qu’apprenant-e top niveau, vous devriez donc juger l’oubli à sa juste valeur. Il s’agit d’un filtre qui bloque le bruit de fond pour permettre au bon signal de bien ressortir.

Vous devriez aussi en tirer le meilleur parti. Vous souhaitez vous souvenir de quelque chose pour longtemps? Espacez vos périodes d’apprentissage. Cela permettra à l’oubli de renforcer votre apprentissage.

Pourquoi j’envoie mes enfants dans une école traditionnelle (vieille vs nouvelle école)

enseignement traditionnel

Mes deux filles fréquentent une bonne vieille école traditionnelle. Elles portent un uniforme, apprennent le respect et doivent mémoriser des choses. Beaucoup de choses. Des phrases, des formules, des dates et beaucoup d’autres faits.

Cette emphase sur les connaissances brutes est-elle justifiée? L’apprentissage par cœur a-t-il sa raison d’être? La réponse est oui. Si vous voulez devenir un-e apprenant-e top niveau, vous devez d’abord privilégier la mémoire à la réflexion.

Les adeptes du curriculum moderne aiment citer Montaigne, reconnu pour sa préférence pour les têtes bien faites par rapport aux têtes bien remplies. Ils soutiennent aussi que les faits tombent en désuétude rapidement, sont facilement oubliés et que les mémoriser équivaut souvent à une perte de temps puisqu’on a tellement d’informations à portée de main de nos jours. Les apprenant-e-s devraient donc plutôt affuter leur raisonnement, créativité et pensée critique.

Évidemment, de telles compétences sont au cœur de ce qu’est l’apprentissage top niveau. Se fier seulement sur l’apprentissage par cœur vous condamnerait à ne résoudre que les problèmes du passé.

Mais développer sa réflexion sans une base de données mentale solide, c’est comme commencer une construction sans avoir les matériaux nécessaires. C’est contre-productif et les meilleurs compétences de planification et de construction ne peuvent pas compenser pour un manque de matériau.

Comme le note Normand Baillargeon dans son excellent Légendes pédagogiques, une simple définition ne peut être comprise que si on connait déjà une grande partie de ce qu’on lit. Ironiquement, on n’apprend que ce qu’on connait déjà. C’est la raison pour laquelle les experts sont des apprenants top niveau. Ils apprennent plus, mieux, et plus rapidement justement parce qu’ils ont accès à un riche répertoire de connaissances.

Comme en toute chose, l’équilibre est la clé. Apprendre sans réfléchir ne mène nulle part, mais raisonner et analyser sans avoir une bonne maitrise des faits s’avère souvent aussi stérile.

Vous souhaitez devenir un-e aprenant-e top niveau? Faites comme mes enfants. Maitrisez d’abord les éléments de base; ensuite les habiletés supérieures de la pensée vous viendront naturellement.

3 raisons pour lesquelles vous devriez arrêter de lire et commencer à écrire

pourquoi écrire

J’adore les domaines de l’apprentissage et des sciences cognitives; aussi j’ai lu pas mal de livres sur ces sujets. Mais maintenant, je dois mettre un terme à cet apport d’informations et passer en mode production.

Voici pourquoi.

D’abord, Tim Ferris a raison. Si vous lisez trop et faites rarement travailler votre cerveau, votre faculté de réflexion s’affaiblira. En tant que travailleur du savoir, votre premier travail est de réfléchir et créer de la connaissance. Intégrer de l’information ne représente donc que la première partie de l’équation. À un certain moment, vous devez atteindre votre plein potentiel.

Ensuite, comme le rappelle Cal Newport, la meilleure façon d’apprendre est d’enseigner. Vous voulez que votre nouveau savoir reste dans votre mémoire à long-terme? Décrivez ou organiser cette info dans vos propres mots. Et comme tout créateur le sait, la meilleure stratégie pour y arriver, c’est de coucher ses idées sur le papier (numérique).

Enfin, ce qui définie un expert n’est pas la taille de sa connaissance, mais plutôt la façon dont elle est organisée. Ici encore, écrire est essentiel, parce ça vous force à structurer vos pensée. Éventuellement, vous trouverez les concepts clés et les idées fondamentales sur lesquels bâtir votre expertise.

En tant que travailleur du savoir, vous devez investir dans votre principal capital, c’est-à-dire le savoir. Écrire vous permettra d’atteindre ce niveau de réflexion où la savoir est créé.

Donc, même si personne ne lit votre blog, continuez à le nourrir; c’est le chemin le plus direct pour devenir un-e apprenant-e top niveau.