Gagner la guerre de l’attention est vital pour l’apprenant top niveau

augmenter pouvoir de concentration

Le grand blogueur du deep thinking, Cal Newport, se pense fort parce qu’il n’est pas sur Facebook ;-). Tenez-vous bien: je n’ai même pas de téléphone intelligent. Je ne dis pas jamais, mais je ne peux pas me permettre ce truc pour l’instant. Ça bouffe trop d’attention.

Pour les travailleurs du savoir, la capacité d’attention est la chose la plus vitale au monde.

Si vous n’arrivez pas à utiliser votre puissance de traitement (alias l’attention) de façon stratégique, vous ne pourrez jamais vous développer, professionnellement et personnellement.

Lorsqu’il est question des avantages à exercer son muscle de l’attention, la plupart des blogueurs parlent de l’augmentation de la productivité générale. Évidemment, si vous ne pouvez pas concentrer votre attention sur vos objectifs, vous pouvez leur dire adieu.

Creusons plus loin et regardons le rendement cognitif. L’attention soutenue est la capacité qui nous permet de réfléchir de façon approfondie. Autrement dit, les opérations mentales complexes sont impossibles si on est incapable de soutenir son attention et d’écarter les distractions.

Mais pourquoi devrait-on se préoccuper de la réflexion approfondie?

Pour trois raisons. La réflexion approfondie produit une importante valeur ajoutée, augmente la capacité d’apprentissage et apporte une grande satisfaction.

La réflexion approfondie diffère radicalement de la pensée mécanique quotidienne qui nous permet de fonctionner dans le monde et gagner sa vie. Seulement la réflexion approfondie peut produire des percées créatrices, des changements de paradigmes et des solutions aux problèmes complexes. En termes simples, la réflexion approfondie peut décupler votre valeur (capital intellectuel personnel).

La réflexion approfondie va aussi faire de vous un meilleur apprenant. Comme l’explique Cal dans plusieurs de ses articles, atteindre un niveau expert dans n’importe quel domaine requiert de la pratique délibérée, et la réflexion approfondie est la pratique délibérée mentale par excellence. En effet, plus vous monter dans la taxonomie d’apprentissage de Bloom, plus les activités cognitives deviennent exigeantes.

Enfin, produire des idées géniales ne fera pas qu’avancer dans votre carrière; ça va aussi contribuer à votre valorisation. Ce que vous ressentez après un effort cognitif fructueux est simplement formidable.

Mais il y a une mauvaise nouvelle: la plupart d’entre nous sommes en train de perdre la guerre de l’attention (regardez la longueur de mes paragraphes). La capacité d’attention moyenne est apparemment en déclin.

Laissez-moi terminer sur une note positive cependant. Vous pouvez apprendre à contrôler votre attention. Pratiquez-vous à explorer un sujet en profondeur dans votre tête. Sans interruption. Ça veut dire qu’à toutes les 8 secondes (la capacité d’attention moyenne actuelle), vous devrez faire un effort conscient pour rester sur le sujet.

Si vous arrivez à faire ça pendant une heure, vous aurez en main l’une des principales clés de l’apprentissage top niveau.

Les 5 types de travailleurs du savoir (ou 5 rapports au savoir)

qui sont les travailleurs du savoir

Quel est le but de mon blog? Aider les travailleurs du savoir à devenir des apprenants top niveau.

Notre environnement change tellement rapidement que connaître (statique) est devenu moins important que la capacité de connaître rapidement (dynamique).

Mais avant de voir le comment, réglons la question du quoi. Qu’est-ce qu’un travailleur du savoir?

Voici la définition du célèbre Peter Drucker: « Quelqu’un qui en connait plus sur son travail que tout autre dans son organisation.»

Perspicace, mais un peu vague.

Une bonne façon de saisir ce qui caractérise ces travailleurs est d’inspecter leur rapport au savoir. Selon l’expert en gestion des connaissances Tom Davenport, les travailleurs du savoir traitent le savoir de cinq façons différentes.

Ils peuvent:

  1. le créer
  2. le trouver
  3. l’assembler
  4. le distribuer
  5. l’appliquer

Les créateurs de savoir sont les catalyseurs de tout travail du savoir. Plus que les quatre autres types, le travail de création se passe dans le cerveau du travailleur. Par exemple, les chercheurs, auteurs et inventeurs.

Les chercheurs de savoir sont experts pour trouver rapidement la bonne information pour d’autres utilisateurs. Par exemple, les bibliothécaires, analystes du renseignement et chasseurs de têtes.

Les rassembleurs de savoir regroupent les connaissances générées par les créateurs. Leur premier but est de rendre la tâche des autres travailleurs du savoir plus efficace. Par exemple, les éditeurs, programmateurs et designers.

Les distributeurs de savoir transmettent des connaissances ou créent des systèmes et procédés pour en améliorer l’accès. Par exemple, les enseignants, journalistes et gestionnaires.

Les praticiens du savoir se situent à la fin de la chaîne de la connaissance. Leur travail est d’utiliser et réutiliser le savoir pour accomplir des objectifs précis. Par exemple, les médecins, comptables et avocats.

Avant de trouver des stratégies pour améliorer votre performance et devenir un-e apprenant-e top niveau, vous devriez d’abord clarifier le rapport que vous avez avec le savoir dans votre emploi.

Alors, quel type de travailleur du savoir êtes-vous?

Vous voulez être un apprenant top niveau? Repérez où vous êtes stupide

définition de stupidité

“C’était stupide de ma part!” Si vous ne vous dites pas ça au moins une fois par semaine, vous êtes moins intelligent que vous pourriez l’être.

Et moi, quand est-ce que je me sens stupide?

Toutes les fois que je ne fonctionne pas de façon optimale. Soit par manque d’organisation, de réflexion ou de créativité.

C’est un lieu commun de dire qu’on apprend de ses erreurs, mais ici c’est différent. La plupart des gens ne décèlent même pas leur stupidité et quand ils le font, ils se dépêchent à la balayer sous le tapis.

C’est quoi exactement la stupidité?

Einstein n’aurait pu mieux dire lorsqu’il l’a définie comme le fait de faire la même chose à répétition et d’espérer un résultat différent. Lorsqu’on agit stupidement, ça ne veut donc pas dire qu’on est faible un niveau du QI, mais plutôt qu’on n’apprend pas de son expérience (oui, je suis adepte de la théorie incrémentielle).

La stupidité, c’est une incapacité à changer, à s’adapter.

Comme l’explique le paléoanthropologue Rick Potts, ce qui nous a amené des cavernes à la technologie spatiale, c’est cette capacité croissante de nous adapter à la variation elle-même. Autrement dit, on est devenu de plus en plus allergique à l’inflexibilité (lisez: stupidité).

Se sentir stupide, c’est un signal.

N’ayez pas peur de dépister votre propre stupidité et saluez le sentiment désagréable que ça crée comme si c’était un messager impétueux. La réceptivité (conscience de soi) est en effet la condition préalable de tout apprentissage.

Donc, toutes les fois que vous n’agissez pas intelligemment, n’hochez pas la tête en signe d’incrédulité pour ensuite vous dépêcher à l’oublier. À la place, saisissez cette info et rectifiez le tir. Il s’agit là de l’alpha et l’oméga de l’apprentissage.

Pourquoi les récompenses peuvent nuire à l’apprentissage

les enfants et les récompenses

Je veux que mes enfants deviennent des apprenants top niveau. Je les fais donc jouer à des jeux créatifs, pratiquer des langues étrangères et réfléchir avec des activités cognitives.

Et pour obtenir leur pleine participation, j’utilise le pouvoir magique des récompenses. J’ai commencé avec des beaux petits autocollants, ensuite je suis allé vers un système de jetons, mais maintenant je donne de l’argent sonnant et trébuchant.

Est-ce que ça donne des résultats? Vous pouvez être sûr que oui! Ils en sont accros. Skinner a visé en plein dans le mil. Les récompenses sont de puissants renforcements; ils augmentent vraiment la fréquence d’un comportement.

Alors, où est le problème?

Il s’avère que les récompenses externes affaiblissent l’autonomie et la motivation intrinsèque, qui sont le saint graal de l’apprentissage continu. Selon la théorie de l’auto-détermination, pour qu’ils persistent dans leur apprentissage, les gens doivent se sentir en contrôle; ils vont aussi mieux performer dans ce qu’ils ont choisi de faire. Les récompenses ont l’effet contraire; ils signalent à l’apprenant-e que quelqu’un veut qu’il/elle fasse quelque chose.

Par exemple, plusieurs études ont montré que lorsqu’on donne à des gens une récompense pour une activité à un moment donné, ils seront moins portés par la suite à choisir cette activité par rapport à d’autres options, et quand ils la choisissent, ils ne persévèrent pas très longtemps.

En effet, c’est ce que je constate chez mes enfants. Quand j’arrête de les payer, pardon, de les récompenser pour leurs efforts, ils se demandent ce qui se passe et ensuite, ils ne vont pas se tourner instinctivement vers les casse-têtes et jeux de mémoire.

Alors, quelle est la solution?

D’abord, ne laissez pas tomber les récompenses. Des incitatifs comme des notes ou compétitions motivent énormément et apportent une précieuse rétroaction. Ce qu’il faut faire, c’est de s’assurer que l’apprentissage se poursuive une fois l’examen, le concours ou la prime passé.

Comment y arriver?

Il faut stimuler l’autonomie et le sentiment de compétence de l’apprenant. Par exemple, concentrez-vous sur son plaisir de réussir au lieu du vôtre, diminuez la supervision et offrez autant de choix que possible (où, quand et quelle activité à faire).

Vous voulez former des apprenant-e-s top niveau et attiser vraiment leur désir d’apprendre? Donnez-leur votre passion, pas des récompenses.

Comment créer des moments d’apprentissage

moment d'enseignement

Qu’est-ce qu’un moment d’apprentissage? Comment provoquer un tel moment dans la classe, au bureau et à la salle de jeu?

(pause)

En général, c’est la façon dont je commence ma classe. Question. Silence.

On définit souvent un moment d’apprentissage comme une occasion non planifiée d’offrir un nouvel éclairage ou compréhension aux apprenants.

Je ne suis pas d’accord. Les moments d’apprentissage peuvent être planifiés. Comme prof, formateur ou parent, vous devriez essayer d’en créer tout le temps.

Comment on s’y prend?

D’abord, il faut bien saisir ce principe fondamental: il y a de l’apprentissage lorsqu’il y a de la réflexion.

Donc, quel est le moyen le plus facile de faire réfléchir les apprenants?

Voici ma recette en deux étapes:

  1. Poser une question provocante.
  2. Attendre.

Vos questions doivent provoquer de la vulnérabilité et de la curiosité chez l’apprenant. La meilleur façon d’atteindre ce but est de commencer vos questions par comment et pourquoi.

Dans Globalization, Lifelong Learning and The Learning Society, le spécialiste en éducation Peter Jarvis explique que l’apprentissage ne peut survenir sans une tension ou disjonction. Il définit la disjonction comme une situation où notre harmonie irréfléchie avec notre monde est perturbée, or lorsque nos expériences passées ne sont plus suffisantes pour gérer une situation de façon automatique.

C’est exactement le type de situation que votre question doit créer.

La seconde étape est aussi importante, mais très souvent omise. Il faut donner aux apprenants le temps de réfléchir à vos questions. Si vous répondez à vos propres questions immédiatement comme je le faisais avant, tout le processus devient inutile.

Attendre que l’apprenant apporte une réponse peut causer un malaise, mais c’est là où se trouve l’or. Comme Jarvis le montre, l’apprentissage se produit quand des changements soudains ou de nouvelles situations obligent les gens à s’arrêter, parce qu’ils ne savent pas automatiquement quoi faire ou comment répondre.

C’est là que vous avez votre moment d’apprentissage.

Les gens ne retiennent pas grand-chose de ce qu’on leur enseigne à moins qu’ils s’arrêtent et réfléchissent. Poser (se poser) des questions est crucial ici. Donc, les apprenant-e-s top niveau doivent agir comme les enfants: ne jamais s’arrêter de demander pourquoi.

Étudiez moins et apprenez plus grâce à l’effet d’espacement

optimiser ses études

Aujourd’hui je vais répondre à la première question que tout apprenant a en tête.

Quel est le temps d’étude minimum dont vous avez besoin pour bien performer à un test ou à une nouvelle tâche?

C’est exactement la question que je me posais quand j’ai fait mon certificat en comptabilité. Il fallait que je connaisse un tas de normes et procédures avec une précision parfaite, mais je menais un vie occupée, j’étais soucieux d’efficacité et je n’avais aucune intention de gaspiller mon temps précieux à étudier pour rien.

D’abord, vous devez bien saisir le pouvoir de l’effet d’espacement, que le psychologue Frank Dempster qualifie d’un “des phénomènes les plus remarquables à sortir des recherches en laboratoire à propos de l’apprentissage”.

L’effet d’espacement expose un phénomène que la plupart connaissent intuitivement. Avec le même temps d’étude, vous retiendrez plus pendant plus longtemps si vous apprenez votre matière à quelques reprises sur une longue période que si vous le faites de façon répétée sur une courte période.

Par exemple, une étude (1992) montrent que l’enseignement des additions à des élèves du primaire une fois par jour pendant dix jours est beaucoup plus efficace que deux fois par jour pendant cinq jours (Benedict Carey).

Maintenant voici la vraie question: quel est l’échéancier d’apprentissage optimal?

Les intervalles entre les périodes d’apprentissage devraient être aussi longs que possibles pour profiter au maximum de l’effet d’espacement (c.-à-d. le nombre minimum de répétitions), mais assez courts pour s’assurer que la connaissance soit toujours en mémoire.

Selon le créateur de SuperMemo, Piotr Wozniak, la façon la plus efficace d’augmenter ses connaissances, c’est d’établir des intervalles croissants. Par exemple, vous devriez réviser votre matière une journée après votre étude initiale, puis une semaine plus tard, puis un mois plus tard et ainsi de suite.

Par contre, si vous n’avez que peu de temps devant vous, vous ne pouvez pas vous permettre d’appliquer cette règle d’or.

Dans How We Learn, Benedict Carey présente un cas typique. Disons que vous avez une fenêtre de 15 jours et 9 heures à mettre sur vos études, voici votre échéancier idéal :

  • 3 heures la 1ère journée,
  • 3 heures la 8ème journée,
  • 3 heures la 14ème journée.

En tant qu’apprenant-e top niveau, c’est crucial d’exploiter à fond l’effet d’espacement. Ça demande de la planification cependant. Voyez quelle est votre date limite et combien de temps vous avez pour votre révision ou répétition. Ensuite établissez un échéancier qui mènera au meilleur résultat.

N’oubliez pas: être efficace, ça veut dire obtenir d’excellents résultats avec le moins de temps et d’effort possible.

De la croyance à la connaissance: 5 niveaux de certitude

pensée scientifique

Un de mes amis m’a récemment affirmé que les jeux vidéo nuisaient au développement cognitif de mes enfants. Quand je lui demandé ce qui le portait à croire ça, il n’a pas évoqué de données ou recherches scientifiques. À la place, il m’a fourni l’exemple d’une de nos connaissances dont les enfants sont doués et devinez quoi? Ils ne jouent jamais aux jeux vidéo.

Ça m’a frappé comme un coup de masse au visage.

Comment quelqu’un avec une éducation universitaire peut-il démontrer si peu de pensée critique et faire des inférences si excessives? Évidemment, je lui ai rapidement fait admettre qu’une tonne d’autres variables pourraient jouer un rôle ici. Et même si une corrélation existait, comme tout universitaire de première année le sait, ça n’implique aucunement une causalité.

Cette histoire souligne un fait important concernant les croyances et la connaissance.

Comme le montre Gary Marcus dans Kluge, les humains, souvent, croient d’abord et réfléchissent ensuite, plutôt que le contraire. En d’autres termes, une fois qu’on décide que quelque chose est vrai (pour n’importe quelle raison), on va chercher des raisons pour supporter cette croyance. La conclusion arrive avant les prémisses.

Il s’agit d’un sujet fascinant, que je vais explorer dans un prochain article, mais aujourd’hui je veux parler de vérité. Rien de moins.

Comment peut-on s’assurer que A cause B? Comment je fais pour savoir si les jeux vidéo endommagent vraiment mes enfants?

Voici 5 degrés de certitude.

  1. Les anecdotes. Les gens sont friands de preuves anecdotiques (ex: ceci a guéri mon beau-frère), parce qu’elles sont frappantes et personnelles. Mais comprenez bien ceci, il s’agit de la preuve la plus faible que vous pouvez offrir.
  2. L’avis des experts. La connaissance des experts est plus étendue, mais elle souffre souvent d’un parti pris.
  3. Les études empiriques. C’est ici que les croyances commencent à devenir connaissance, mais leur niveau de fiabilité varie grandement dû à la présence ou non de contrôles (variables et groupes), ainsi que l’évaluation par les pairs.
  4. La méta-analyse. Quand les résultats de plusieurs recherches indépendantes vont dans la même direction, votre affirmation repose sur une base solide.
  5. Méga-analyse. Quand des méta-analyses disent la même chose, on ne peut pas trouver mieux. Un bon exemple est l’étude Visible Learning de Hattie, qui est une synthèse de 800 méta-analyses incluant 80 millions d’étudiants.

En tant qu’apprenant-e top niveau, estimer la validité de nouvelles données et croyances courantes devrait devenir un réflexe. L’utilisation des 5 niveaux de certitude présentés ici peut être un excellent départ.